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Mon médecin refuse de soigner mon rhume

Il m’est arrivé une mésaventure chez le médecin récemment et je pense qu’il est temps de vous la partager. Je souhaitais simplement soigner un rhume un peu trop persistant. Mais c’est finalement devenu un vrai parcours du combattant !

Il y a quelques semaines, je suis allée chez le médecin pour faire soigner un gros rhume qui ne passait pas. J’étais dans un triste état ! Le nez bouché, la gorge prise, les yeux qui pleurent et de la morve à n’en plus finir qui dégoulinait de mon nez ! Je n’arrivais même plus à prononcer des lettres de l’alphabet que j’utilise pourtant quotidiennement. La Coquette Ethique était devenue « Da Coqued Edique » ! Après une semaine dans cet état, je me suis résolu à aller chez le médecin pour éradiquer ce rhume une bonne fois pour toute.

Trouver un médecin pour soigner mon rhume

Comme j’ai déménagé il y a peu de temps, je n’ai pas de médecin attitré dans ma nouvelle ville. Je vais donc chercher auprès de mon ami Google un docteur digne de ce nom. Je ne pensais pas qu’il serait aussi difficile de trouver un médecin qui accepte de me recevoir pour soigner mon rhume !

Pour le premier médecin je tombe sur son assistante. Je lui explique que j’ai un gros rhume qui ne passe pas et que je souhaite voir le médecin. Elle m’explique très poliment que je ne pourrais pas prendre rendez-vous et met rapidement fin à la conversation.

« Désolée mademoiselle, mais le médecin ne pourra pas vous recevoir pour ce type de soin ».

Un peu étonnée, j’appelle un second médecin. Cette-fois je tombe directement sur le docteur qui semble assez pressé et me dit brusquement que ce n’est pas la peine de venir et qu’il ne m’aidera pas si je veux soigner mon rhume.

Je commence à être franchement interloquée ! Heureusement le troisième médecin accepte de me recevoir suite à ma demande. Il est très doux au téléphone et me donne un rendez-vous quasiment immédiatement. Je suis soulagée, je vais enfin pouvoir me débarrasser de ce rhume ! Enfin… c’est ce que je croyais…

Si vous soignez ce rhume, vous en paierez les conséquences !

Lorsque je suis arrivée chez le médecin, il m’a reçue et avant de m’ausculter il m’a demandé de m’asseoir face à son bureau pour « discuter ». Et puis il m’a demandé :

« Mademoiselle, pourquoi voulez-vous vous éradiquer ce rhume ? »

Un peu étonnée par sa question, j’essaie de lui expliquer, que je me sens mal, que je suis fatiguée et que ce rhume m’empêche de vivre ma vie comme je le voudrais. Alors le médecin, me regarde avec un air bienveillant et me demande si j’ai sur moi un mouchoir usagé pour pouvoir l’analyser. C’est bizarre mais ok j’accepte néanmoins de lui en passer un. Il place le mouchoir sous un microscope et allume un écran qui est branché dessus.

« Regardez mademoiselle, votre écoulement nasal est constitué de cellules. Et ces cellules, elles sont vivantes. Elles veulent vivre, vous comprenez ? Elles sont en vous et elles ont besoin de vous. Si vous « soignez » votre rhume, comme vous le dites, vous allez les tuez et vous en paierez les conséquences. Vous aurez des séquelles psychologiques et peut-être même physiologiques ! En tant que médecin c’est mon devoir de vous expliquer dans quoi vous vous engagez lorsque vous voulez assassiner ces cellules, vous comprenez ? »

J’en reste bouche bée et très mal à l’aise. Je pensais que j’allais pouvoir guérir et reprendre ma vie normalement. Mais maintenant je me sens encore plus mal. J’essaie de lui faire comprendre mon point de vue, ma morve n’est pas un être vivant, c’est seulement un amas de cellule ! Et moi je ne veux pas rester dans cet état !

embryon vivant ou pas

Soigner un rhume n’est pas éthique

Sous ses airs compréhensifs le médecin continue de me culpabiliser. Il m’explique que d’un point de vue éthique, soigner ce rhume lui poserait problème. Je lui demande donc de me diriger vers un confrère qui sera prêt à le faire. Mais il me fait une autre proposition.

« Ecoutez, je vais vous laisser réfléchir une semaine et nous allons nous revoir pour un second rendez-vous. Nous verrons comment votre rhume a évolué d’ici là et si ça ne va pas mieux, je verrais comment nous pouvons avancer ensemble, pour le bien tous. D’accord ? »

Non… je ne suis pas d’accord ! Je ne veux pas de ce rhume, mais maintenant j’ai aussi peur de le soigner. Et je n’ai pas beaucoup de choix. Je ne connais aucun médecin dans cette nouvelle ville qui sera prêt à m’aider à soigner mon rhume !

Alors que je pensais me soigner, je dois finalement mener un autre combat pour trouver un médecin qui sera prêt à m’aider. Un médecin qui sera digne de confiance et qui n’utilisera pas de subterfuges pour me faire croire qu’il agit pour mon bien alors qu’il se permet de prendre une décision à ma place !

Mon médecin refuse de faire son métier.

Mon médecin fait passer son éthique douteuse avant mon bien-être physique et psychologique.

Mon médecin refuse de soigner mon rhume.

ivg homicide culpabilisation femme

Mon gynécologue refuse de pratiquer l’IVG

Vous l’aurez compris, cette aventure est fausse ! Je n’ai jamais eu de problème à trouver un médecin pour soigner un rhume. Mais remplacez médecin par gynécologue et rhume par IVG et votre droit d’accès aux soins est soudainement remis en cause !

Sous couvert d’éthique, un médecin peut se permettre de refuser l’avortement. Pire, il peut aussi user de stratagèmes pour faire culpabiliser les femmes qui souhaitent avorter ou repousser l’avortement jusqu’à ce qu’il ne soit trop tard. Les témoignages sont nombreux : échographie pour faire écouter le cœur, multiplication de rendez-vous inutiles, culpabilisation… Les choix des femmes qui souhaitent avorter sont remis en question quitte à faire passer leur bien-être après les idéaux personnels (et scientifiquement infondés) d’un médecin qui agit dans un cadre professionnel.

Il est aujourd’hui prouvé qu’empêcher les femmes d’avoir accès aux IVG assistées par du personnel soignant ne diminue pas les avortements ! Au contraire, le taux d’avortement clandestin a augmenté entre 1995 et 2008. L’OMS estime aujourd’hui que 45% des avortements sont non sécurisés. Cela fait presque un avortement sur deux !

Un embryon n’est pas un être vivant

Un embryon est un amas de cellule, au même titre qu’un tas de morve dégoulinante ou qu’une tumeur maligne ! Donc non, un embryon n’est pas un être vivant, ni un individu qu’il faut protéger. On considère qu’un fœtus n’est pas viable avant la 20ème semaine. Et il est encore moins conscient ! Avant cela un embryon ou un fœtus n’a pas plus de personnalité et de sentiment que votre sourcil droit !

Le problème avec la clause de conscience

J’ai écrit cet article suite aux propos du Dr Rochambeau qui a comparé l’IVG à un homicide. La « clause de conscience » lui permet de refuser cette pratique qu’il ne considère par éthique. A titre personnel je ne suis déjà pas d’accord avec cette clause. Si un gynécologue refuse de pratiquer l’IVG, il ne devrait pas (selon moi) être gynécologue car c’est un soin courant lorsque l’on fait ce métier.

Mais cette clause entraîne également plusieurs problèmes. En Italie par exemple, près de 70% des gynécologues refusent de pratiquer l’IVG en invoquant cette clause, ce qui a encore récemment entraîné la mort d’une femme enceinte qui n’a trouvé aucun médecin pour l’aider à avorter alors que les fœtus la mettait en danger.

Mais en France également cette clause peut poser des problèmes. En Sarthe, un hôpital ne permet plus d’avoir recours aux IVG depuis le départ en retraite du seul gynécologue acceptant de les réaliser.

L’IVG, un droit sans cesse remis en cause

Le droit à l’avortement est acquis en France depuis 1975.

Il n’est pas tolérable qu’un médecin, par ailleurs directeur du syndicat des gynécologues, compare publiquement l’IVG a un homicide, jugeant et culpabilisant les femmes qui ont ou vont avorter.

Il n’est pas tolérable que les femmes doivent encore et toujours, en 2018, se battre pour disposer de leur corps comme elles l’entendent. D’autant que, comme j’en parlais dans mon article sur la contraception et le féminisme, nous subissons seule la gestion de la contraception et sommes considérées comme les responsables en cas de grossesse non-désirée. Mais lorsque vient le choix de l’IVG, la société entière se permet de nous juger.

C’est pour cette raison que j’ai signé la pétition pour demander la radiation du Dr Rochambeau. Qu’il soit à titre personnel contre l’IVG, c’est son problème, mais si cet homme peut venir à la télévision parler d’homicide je n’imagine pas ce qu’il fait subir aux patientes qui viennent à son cabinet en demandant d’avorter.

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mon corps mon choix feminisme dessin

Sources :

– OMS : 25 millions d’avortements non sécurisés sont pratiqués dans le monde chaque année
– The Lancet : Abortion incidence between 1990 and 2014: global, regional, and subregional levels and trends
– Guttmacher Institute : Restrictive laws do not stop women from having abortions
– Rue89 : Mon « ultrafertilité », mes quatre IVG et les humiliations médicales
– Sciences et Avenir : Contraception et droits à l’avortement dans le monde : où en est-on ?

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7 commentaires, ajoute-le tien ! ^^

  1. Myriam

    Bon article. Ici en Tarn et Garonne, aucun médecin normal ne le fait par chez moi, ils envoient dans un «centre» exprès. Et en effet le docteur, femme de plus , fais culpabiliser. C’est dingue. On ne dispose pas de son corps, on est infantilisée. Pour la stérilisation c’est la même chose, un autre combat mais les mêmes jugements de valeur.

  2. Wahou !! Alors là je te dis chapeau pour ton article ! Mais malheureusement, tu as tout à fait raison. Pour les médecins, c’est peut être gros mais finalement, tu as aussi des cas assez spéciaux. Par exemple, ayant déménagé, je devais trouver un nouveau médecin, j’appelle et j’en ai 2 ou 3 qui m’ont répondu qu’ils ne prenaient plus de nouveaux patients … dois-je comprendre qu’il faut soit arrêter de déménager, soit faire plusieurs centaines de km pour pouvoir se soigner juste pour garder son médecin … je trouve ça hallucinant !
    Pour l’IVG, cela me rappelle un article que j’avais lu sur les droits (ou non) en Italie où la vie d’une femme avait été retiré par non pratique de l’IVG alors qu’elle était en train de courir un très grand risque pour sa santé

  3. Bravo, c’est bien envoyé ! J’ai lu des témoignages de femmes qui pensaient que la claque de conscience pouvait être une forme de compromis, je comprends un peu ce point de vue mais comme tu le décris bien, c’est pas comme si y’avait des gynécologues à tous les coins de rue : c’est une vraie entrave pour l’accès à un droit obtenu de longue haleine ! D’ailleurs Martin Winckler a récemment changé d’avis sur la question lui aussi, il était en mode compréhensif et maintenant il est vraiment contre cette clause. C’est pas le seul à avoir évolué comme ça..

  4. Hello ! je comprends ton désarroi et c’est dingue qu’on en soit encore là en France aujourd’hui. Déjà que la démarche est hyper difficile en elle-même si en plus on te mets des bâtons dans roues en te faisant culpabiliser je n’ose même pas imaginer l’état dans lequel les femmes se retrouvent…
    A bientôt,
    Lili

  5. Merci

  6. discoveRin

    Non mais il est pas bien le docteur que tu as vu ! Franchement c’est n’importe quoi de te sortir des inepties pareilles, j’ai jamais entendu un seul docteur me dire un truc du genre.
    Par contre cette polémique sur l’IVG c’est aberrant. J’avais même eu le débat avec un collègue au boulot sur ça, et on s’était d’ailleurs bien méchamment pris la tête sur FB par la suite. Parce que moi ça me sidère qu’en 2018 on refuse encore l’IVG. Bordel mais est-ce que ces gens réalisent que parfois cette grossesse survient des suites d’une agression ? Par accident ? Quel intérêt de donner la vie si c’est pour que l’enfant ne grandisse pas dans un bon environnement, ou que sa vie soit directement marquée par le fait qu’il n’était pas désiré, qu’il a été forcé par la société ? Non mais je rêve …

    Merci pour ton article en tout cas !! :) J’ai souri au début et ri jaune à la fin ceci dit. Même si c’était le but je pense !

  7. J’avais oublié de dire un truc : même si l’embryon est vivant, je crois que ça ne change pas grand chose au problème en fait. Des tas de choses sont « vivantes », ça n’en fait pas forcément des personnes conscientes et sensibles… Je crois qu’on a pas forcément besoin de nier que l’embryon est un être vivant en formation (à 7 semaines de grossesse il y a déjà des organes, à 8 semaines ce n’est déjà plus un amas de cellule, le coeur commence à battre assez tôt etc), y’a pas un moment précis où il passe de « non vivant » à « vivant », c’est un processus continu. On a d’autres arguments plus percutants je crois pour défendre un réel accès à ce droit d’avorter inscrit dans la loi, et pour défendre le fait que l’intérêt de la femme prime sur celui d’un embryon en cours de formation, qui n’a pas encore de sensibilité, de conscience, qui n’est pas une « personne ».

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